La Mauritanie se prépare à élaborer un nouveau Code national du réseau électrique (Grid Code) destiné à établir un cadre unifié pour réglementer l’exploitation et le développement du système électrique national, ainsi que les conditions de raccordement et d’accès au réseau.
Cette nouvelle réglementation intervient dans un contexte marqué par l’accélération des projets d’énergies renouvelables, de stockage d’électricité et d’interconnexion électrique régionale, avec pour objectif notamment de permettre l’intégration de nouveaux producteurs et de faciliter l’arrivée de nouveaux investisseurs dans le secteur.
L’élaboration du Grid Code s’inscrit dans le cadre du Projet d’interconnexion électrique Mauritanie–Mali en 225 kV et de développement de centrales solaires associées (PIEMM), mis en œuvre par la Société mauritanienne d’électricité (SOMELEC) avec le financement de la Banque africaine de développement (BAD).
La BAD a récemment lancé un appel à manifestation d’intérêt pour la sélection d’un cabinet de consultants chargé d’élaborer ce nouveau cadre réglementaire.
Le futur Grid Code définira les règles et normes techniques et opérationnelles applicables au raccordement des centrales de production, des consommateurs et des systèmes de stockage au réseau électrique, ainsi qu’à leur exploitation et à leur développement.
Il couvrira notamment les niveaux de tension et de fréquence, les systèmes de protection, la qualité de l’électricité et les exigences nécessaires au maintien de la stabilité du réseau.
Un cadre pour l’accès au réseau et le marché de l’électricité
La mission ne se limitera toutefois pas aux aspects techniques. Le nouveau Code devra également établir des règles garantissant un accès non discriminatoire au réseau, ainsi que les conditions d’utilisation et la tarification des services associés.
Il définira également les règles relatives à la programmation de la production électrique et à la fourniture de services auxiliaires.
Le document encadrera par ailleurs les relations techniques entre le gestionnaire du réseau et les producteurs indépendants d’électricité, notamment en ce qui concerne les exigences de raccordement, les conditions d’exploitation et les contrats d’achat d’électricité.
Le Grid Code devra également établir les règles permettant à la Mauritanie de participer au marché régional de l’électricité du West African Power Pool (WAPP), notamment à travers la coordination de l’exploitation des réseaux interconnectés et l’échange des données nécessaires au maintien de la stabilité du système régional.
Une attention particulière aux énergies renouvelables et à l’hydrogène vert
Le futur Code accordera une place importante à l’intégration des sources d’énergies renouvelables, notamment l’énergie solaire, l’énergie éolienne, les systèmes de stockage par batteries (BESS) et les installations hybrides.
Il définira des exigences spécifiques en matière de contrôle de la tension et de la fréquence, ainsi que des capacités de réponse des installations renouvelables et des systèmes de stockage aux perturbations du réseau.
Le Code devra également établir des critères permettant d’évaluer la capacité du réseau à accueillir de nouveaux projets d’énergies renouvelables.
Des critères de planification du réseau seront par ailleurs introduits, notamment le critère N-1, destiné à garantir la continuité du fonctionnement du système électrique en cas de défaillance ou de mise hors service de l’un de ses principaux éléments, tels qu’une ligne de transport ou un transformateur.
Dans un contexte marqué par le développement de projets industriels fortement consommateurs d’électricité, une attention particulière sera également accordée à la gestion des grandes charges électriques, notamment celles liées aux activités minières et aux futurs projets d’hydrogène vert.
L’objectif sera de permettre le raccordement et l’intégration de ces projets industriels tout en préservant la stabilité et la sécurité du réseau national.
Interconnexions régionales et cybersécurité
Le futur Grid Code prendra également en compte les projets d’interconnexion électrique actuels et futurs avec le Mali, le Sénégal, le Maroc et l’Algérie.
Il couvrira notamment le calcul des capacités de transport, la coordination des opérations et l’échange de données avec les réseaux électriques régionaux interconnectés.
Le document définira également des exigences relatives aux systèmes SCADA, aux télécommunications et aux dispositifs de contrôle à distance, ainsi que des exigences minimales en matière de cybersécurité pour protéger les infrastructures électriques critiques.
Des règles spécifiques seront par ailleurs prévues pour la gestion des situations d’urgence, notamment les mécanismes de défense du réseau, le délestage, la restauration du système après des coupures de grande ampleur et la resynchronisation avec les réseaux interconnectés.
Dix mois pour élaborer le nouveau Code
Le cabinet de consultants sélectionné devrait travailler pendant une période de 10 mois. La mission commencera par un diagnostic de l’état actuel du réseau électrique mauritanien et une analyse du cadre juridique et réglementaire existant.
Elle comprendra également une étude comparative des pratiques et normes internationales, avant l’élaboration du projet de Grid Code et sa finalisation.
Les travaux s’appuieront notamment sur des références et normes internationales telles que celles de l’ENTSO-E, de l’IEEE, de l’IEC et du CIGRÉ, ainsi que sur les codes de réseau appliqués au sein du système électrique ouest-africain.
Une attention particulière sera accordée aux expériences de plusieurs pays, notamment le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Maroc et l’Algérie.
À l’issue de son élaboration, le Grid Code suivra le processus institutionnel et réglementaire requis, notamment son examen par l’Autorité de régulation, avant son approbation par le Ministère de l’Énergie et du Pétrole.
Son adoption devrait fournir à la Mauritanie un cadre commun permettant de réglementer les relations entre le gestionnaire du réseau, les producteurs, les consommateurs et les investisseurs.
Elle constituerait également une étape importante pour accompagner la transformation du secteur électrique national, notamment avec l’essor des projets d’énergies renouvelables, d’hydrogène vert, de stockage d’électricité et d’interconnexions électriques régionales.
