Les opérations menées à Nouadhibou entre le 14 et le 18 juillet 2026 ont permis de sauver 387 personnes. Le HCR estime toutefois qu’au moins 144 migrants et réfugiés sont morts ou portés disparus au large de la Mauritanie, dont 143 sur une embarcation restée près de 25 jours en mer.
La Mauritanie a annoncé une amélioration de son taux national de pauvreté monétaire. Réuni le 5 août 2026, le Conseil des ministres a présenté les résultats préliminaires de la huitième Enquête permanente sur les conditions de vie des ménages (EPCV), réalisée à cheval entre 2025 et 2026. Selon le communiqué de l’Agence mauritanienne d’information (AMI), la prévalence serait passée de 28,2 % en 2019 à 25,7 % en 2025, soit une baisse de 2,5 points de pourcentage.
Ce chiffre est important, mais il ne constitue pas encore un bilan statistique définitif. Les sources consultées ne publient ni le rapport complet, ni les tableaux détaillés par wilaya, ni les marges d’erreur ou la note méthodologique. La lecture doit donc tenir ensemble l’amélioration nationale annoncée et les limites de ce qui est aujourd’hui vérifiable.
La baisse de la pauvreté monétaire en Mauritanie reste un résultat préliminaire
La pauvreté monétaire mesure la part de la population dont le niveau de vie ou la consommation se situe sous un seuil défini par l’enquête nationale. Elle ne décrit pas à elle seule l’accès à l’éducation, à la santé, à l’eau, à l’emploi ou à un logement décent. Entre 2019 et 2025, l’AMI rapporte également une diminution de la profondeur de la pauvreté, de 7,6 % à 6,4 %, ainsi qu’un recul de l’extrême pauvreté, de 12,8 % à 11,2 %.
Ces évolutions sont exprimées en points de pourcentage. Le passage de 28,2 % à 25,7 % représente aussi une baisse relative d’environ 8,9 %, mais il serait inexact de parler d’une baisse de « 2,5 % ». Il n’est pas possible, en revanche, de calculer le nombre de personnes sorties de la pauvreté sans population de référence et sans résultats définitifs.
La prudence est également nécessaire pour les comparaisons internationales. La Banque mondiale indiquait 28,4 % de la population sous son seuil international de 3,65 dollars par jour en parité de pouvoir d’achat 2017 pour 2024. Ce résultat n’est pas directement comparable au taux EPCV : seuil, année de référence et méthode diffèrent.
Une amélioration nationale, des écarts territoriaux persistants
Le communiqué officiel affirme que la pauvreté demeure principalement rurale et qu’elle progresse dans les zones périurbaines. C’est un signal territorial important, mais les taux détaillés par milieu, wilaya, sexe et âge ne figurent pas dans la page consultée. L’ampleur de la progression périurbaine et les territoires concernés restent donc à documenter.
Un autre indicateur rappelle pourquoi le taux monétaire ne peut résumer à lui seul la situation sociale. À partir de l’EPCV 2019, l’UNICEF évaluait la pauvreté multidimensionnelle à 56,9 % de la population et à 77,1 % en milieu rural. Cet indice combine plusieurs privations et ne constitue pas le taux de pauvreté monétaire de 2025. La comparaison éclaire des dimensions différentes ; elle ne permet pas d’affirmer que la pauvreté multidimensionnelle aurait suivi la même trajectoire.
Le gouvernement attribue deux points de la baisse totale de 2,5 points à l’effet de la croissance, soit environ 82 %, et le solde aux mécanismes redistributifs. Cette décomposition est celle présentée dans la communication officielle. Elle n’a pas été auditée ici à partir des microdonnées et doit rester attribuée au gouvernement, plutôt que présentée comme une causalité indépendante établie.
Le projet MPME, un levier annoncé mais pas encore appliqué
Le même Conseil des ministres a adopté un projet de loi relatif à la promotion, au développement et à l’encadrement des micro, petites et moyennes entreprises. Selon l’AMI, le texte doit définir les MPME, préciser les conditions d’obtention et de perte de ce statut et encadrer leur accès au financement, aux marchés publics et privés ainsi qu’aux chaînes de valeur.
Le projet prévoit aussi un accompagnement avant l’immatriculation. Il est présenté comme conforme à la Stratégie nationale de promotion de l’entrepreneuriat et de développement des MPME pour 2025-2030, avec des objectifs liés à l’emploi, à l’innovation, au contenu local et au développement territorial.
Cette annonce ne vaut pas encore promulgation. Les critères précis de classement, les décrets d’application, les budgets, les mécanismes de financement et les effets sur l’emploi restent inconnus dans les sources consultées. Le lien entre le futur cadre MPME et la baisse de la pauvreté ne peut donc pas être établi à ce stade. Il pourra être évalué lorsque les instruments seront appliqués et que des indicateurs de crédit, de survie des entreprises, d’emplois créés et d’accès aux marchés seront publiés.
Les prochaines vérifications attendues
Pour consolider le résultat, l’ANSADE et le ministère des Affaires économiques devront rendre accessibles le seuil de pauvreté en ouguiyas, la méthode de déflation, le calendrier exact de collecte, l’échantillon, les pondérations, les intervalles de confiance et les tableaux territoriaux. La comparabilité avec 2019 doit également être explicitée.
Le chiffre de 25,7 % signale donc une amélioration nationale annoncée, non une disparition de la pauvreté. La solidité du bilan dépendra de la publication des résultats définitifs et de la capacité à réduire les écarts ruraux et périurbains. Le projet MPME sera jugé non sur son adoption en Conseil des ministres, mais sur l’accès réel des petites entreprises au financement, aux commandes et aux chaînes de valeur.
À retenir
• L’AMI rapporte une pauvreté monétaire de 25,7 % en 2025, contre 28,2 % en 2019 : résultats préliminaires.
• La pauvreté reste principalement rurale et progresse, selon le gouvernement, dans les zones périurbaines ; les taux détaillés ne sont pas publiés dans la source consultée.
• Le taux national EPCV ne doit pas être confondu avec la pauvreté multidimensionnelle de 2019 ni avec le seuil international de la Banque mondiale.
• Le projet de loi MPME a été adopté en Conseil des ministres, mais sa promulgation et ses effets ne sont pas encore établis.
